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Repenser ses bureaux pour mieux travailler

In "Les Echos" n° 19014 du 21 Octobre 2003 • page 11
Supplément Management
Arrêt sur image
Rendre le lieu de travail plus agréable et plus fonctionnel devient un enjeu non seulement d'aménagement rentable de l'espace mais aussi de management.
Un potager où se mêlent tomates et herbes aromatiques, un verger peuplé de pommiers granny et des ceps de vigne encore jeunes mais prometteurs.

Où sommes-nous ? A Saint-Ouen, dans la cour de l'agence de design global Saguez & Partners, installée depuis le printemps 2003 dans les bâtiments d'une ancienne usine de chauffagiste des années 1920. Malgré ses dimensions modestes, cette cour est une vraie note de verdure dans la grisaille environnante. « Nous avons voulu créer une respiration avec le végétal, en renouant avec la tradition des jardins ouvriers », indique Olivier Saguez. Une façon de se mettre au vert, la couleur fétiche du maître des lieux. Mais jardin et verdure ne sont que la face la plus visible de ce nouvel art de vivre au travail que de plus en plus d'entreprises tâchent de prendre en compte. « Améliorer le confort, c'est augmenter la motivation de ses salariés », souligne Gérard Laizé, directeur général de l'association Valorisation et innovation dans l'ameublement, dont la mission est de promouvoir la création et le design dans le cadre de vie. « Nous travaillons en collaboration avec tous les fabricants de mobilier de bureaux en France pour leur permettre de mieux tenir compte des nouvelles configurations des postes de travail. On passe par exemple de plus en plus de temps assis, on a donc besoin d'un confort renforcé par de menus détails, pourtant rarement présents dans les bureaux standard, comme les repose-tête ou les reposes-pieds », poursuit-il.

Côté confort et fonctionnalité, on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Voilà pourquoi les designers de Saguez & Partners ont eux-mêmes dessiné leur mobilier de bureaux : de grandes tables dont le plateau est surélevé pour pouvoir travailler debout et s'y accouder facilement ou encore des fauteuils confortables dont les housses changent selon les saisons. Toute la conception de la « Manufacture Design », telle qu'elle a été baptisée par Olivier Saguez, a d'ailleurs fait l'objet d'un travail collectif : dessins des plans et choix des matériaux par les architectes de l'agence, conception du mobilier par les designers. Des détails mûrement pensés

Une façon de transformer un simple déménagement en véritable projet d'entreprise, où rien n'est laissé au hasard. Eclairage électrique évolutif en fonction de la luminosité extérieure, salle de massage au sous-sol, réfectoire digne d'un véritable restaurant : tous les détails ont été mûrement pensés. Seul hic : la localisation. « Nos anciens locaux dans le 9e arrondissement étaient dispersés en plusieurs endroits, ce qui nous faisait perdre un temps précieux. Aujourd'hui, nous ne sommes plus dans le centre de Paris, mais notre agence est plus fonctionnelle, plus performante et aussi plus agréable. Certains agréments, comme les petits déjeuners offerts tous les matins ou la mise à disposition d'une voiture par équipe de travail pour ceux qui travaillent tard, sont des plus qui font oublier l'éloignement relatif », avance Olivier Saguez.

Comme Saguez & Partners, beaucoup d'entreprises se voient contraintes de s'installer en périphérie de Paris. C'est le cas de l'agence de publicité Enjoy Scher Lafarge, dont les locaux, anciennement dans le 17e arrondissement, sont désormais à Clichy. « Honnêtement, Clichy n'était pas vraiment l'endroit le plus souhaitable, surtout pour nos clients, mais les conditions de travail compensent largement », indique Christophe Lafarge, PDG de l'agence. Ici aussi, fonctionnel et esthétique vont de pair. Les bureaux ont été conçus par l'architecte Edouard François. « Nous avions une grande exigence sur nos besoins _ un "open space" mais sans les inconvénients d'une trop grande promiscuité _, mais nous lui avons laissé une grande liberté pour la réalisation », déclare Christophe Lafarge. Le principe de l'« open space »

Le résultat est étonnant : une table géante occupe les 400 m2 de l'espace central, un immense plateau de bois brut creusé de vingt-huit alvéoles pour nicher commerciaux et dirigeants de l'agence. Chacun a son alvéole, sorte de microcosme individuel, qui reste néanmoins ouvert : un territoire pour chacun et un espace commun. « Nous voulions conserver le principe de l'"open space", car nous avons besoin dans notre métier de travailler ensemble. J'ai beaucoup souffert de l'isolement lorsque je travaillais en bureau fermé. Ici, je peux profiter au maximun de la vie de l'agence. Avec un bureau fermé, un patron ne voit guère que les problèmes arrivés jusqu'à lui. Ici, je peux partager les échecs comme les succès », s'enthousiasme Christophe Lafarge. L'espace induit ainsi une façon de manager ses équipes : placés au beau milieu des commerciaux, les associés de l'agence doivent davantage tabler sur leurs compétences que sur les signes extérieurs de pouvoir pour asseoir leur autorité.

Ici, l'« open space » est donc plébiscité, tout comme au nouveau siège d'Euro RSCG à Suresnes, sur les bords de Seine. Situé en partie sur les anciennes usines Coty, le bâtiment se structure sur un plan en croix, dont le centre est un immense hall cafétéria, où les collaborateurs de toutes les filiales _ 1.300 personnes au total _ peuvent se rencontrer. Tout a été pensé en fonction de ce hall, censé être le point névralgique du lieu. Réunions de travail, moments de détente, toutes les occasions sont bonnes pour s'y retrouver. Dans les étages, « open space » de rigueur, mais adapté en zones différenciées selon les besoins de chaque filiale. Pour lutter contre les nuisances sonores : moquette au sol, mobilier en bois, paravents pour absorber les résonances ; et, bien sûr, salles de réunion et box individuels de travail sont à disposition de ceux qui ont besoin de calme.

Adapter son espace à l'activité


« Open space » donc, mais aménagé. « Il n'y a pas de modèle d'aménagement bon ou mauvais a priori. Certaines entreprises ont besoin de cloisonner leur espace, d'autres doivent l'ouvrir. L'essentiel est d'adapter son espace à son type d'activité et à son style de management. Travailler sur l'aménagement de l'espace dans une entreprise, c'est se demander comment elle fonctionne, au-delà de la pure dimension matérielle », souligne Michaël Fenker, architecte et chercheur au Laboratoire Espace Travail. En d'autres termes : montrez vos bureaux, et je vous dirai qui vous êtes ! D'où l'intérêt de ne plus seulement penser l'espace comme un coût, mais aussi comme une forme de management.

Marie Bellan

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