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Déménagement d'entreprise : des salariés de plus en plus exigeants pour suivre leur employeur

In "Les Echos" n°19108 du 4 Mars 2004 - page 28
Supplément Immobilier
Déménagement d'entreprise
Impuissants à freiner un déménagement, les salariés tentent d'imposer à l'entreprise des compensations financières ou matérielles.

S'ils ne peuvent s'opposer à un déménagement sur un site voisin, les représentants du personnel sont rompus à la négociation des compensations qui rendront la vie plus facile aux nouveaux arrivants. Certaines sont monnaie courante. Il est fréquent, par exemple, qu'une entreprise s'engage à financer le prêt nécessaire à l'achat d'une voiture, si cette dépense permet effectivement de raccourcir un temps de transport d'au moins deux heures. En déménageant à Saint-Denis, Vedior Bis a proposé également un financement très bon marché aux salariés volontaires pour déménager leur domicile dans la commune de l'entreprise. La revalorisation de la participation à la carte Orange est courante si le prix du transport augmente du fait du transfert.

Chez Generali, qui vient de regrouper ses opérations à Saint-Denis, les syndicats se disent satisfaits des mesures d'accompagnement : en plus des aides classiques, le temps de trajet excédentaire est déduit des heures de travail et rémunéré, la durée du congé sans solde est allongée à deux ans et le groupe d'assurance propose même des mesures d'aide à la création d'entreprise à ceux qui souhaiteraient tenter leur chance ailleurs, en solo. Plus fédérateurs, les salariés du groupe seront tous soumis au même régime alors que 6 accords sur les 35 heures cohabitaient entre les différentes filiales.

Difficiles à chiffrer a priori, ces mesures peuvent se révéler très coûteuses même plusieurs mois après le déplacement des salariés. La direction des ressources humaines d'une banque avait accepté de verser 1.500 euros de « dédommagement » à ses salariés pour les transférer de Paris à Val-de-Fontenay. Quelques années plus tard, le personnel a exigé la même somme pour réintégrer la capitale. Plus douloureux encore pour cette société de vente de jouets par correspondance : sur la vingtaine de salariés transférés de Paris dans les Yvelines, dix ont attendu les six mois, délai réglementaire au cours desquels ils pouvaient partir, avant de présenter, en bloc, leur démission une semaine avant la date limite.

Malgré les compensations et les conditions de travail généralement plus confortables, les premiers mois sont souvent délicats. Réglages techniques du fonctionnement des immeubles, nouvelles marques à prendre dans les étages ou au restaurant d'entreprise... Les infirmeries voient défiler du monde. « Globalement, les conditions sont bonnes, mais, individuellement, ce n'est pas le cas, dit un représentant CFDT du Crédit Foncier dernièrement transféré dans le Val-de-Marne. Certains ne supportent pas les "open spaces", d'autres sont vraiment mal installés, dans des bureaux sans lumière. » Contre cela, le mug de bienvenue, frappé aux armes de l'entreprise, ne peut pas grand-chose. Le coût d'un déménagement mérite sans doute un audit quelques mois, voire une année après. « En général, on évite de trop détailler ces comptes, affirme un syndicaliste. Le déménagement sert très souvent à faire des économies. S'il doit creuser les pertes, c'est que l'on s'est trompé quelque part. »

Catherine Sabbah

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